1000m² de souterrains oubliés

1000m² de souterrains oubliés sous la ville d'angoulême

Source : Charente Libre

27 Octobre 2012

Par Richard TALLET et photos : Majid Bouzzit

Un promoteur angoumoisin a découvert un réseau de souterrains sous une parcelle achetée avenue de Cognac. Mille mètres carrés de galeries et de salles qui servaient d'entrepôts aux brasseries.

Une petite ruelle pavée. Les vestiges d'un squelette de toiture. Des coins, des recoins et un bruit constant de ruissellement. Sans une lampe torche puissante et un féroce sens de l'orientation, il y a de quoi se perdre. Ce promoteur angoumoisin vient d'acheter une vieille maison bourgeoise de la rue de Cognac. Il n'a pas trouvé une mine d'or au fond du jardin, mais un réseau de grottes de plus de 1.000 m2 qui n'était absolument pas mentionné sur l'acte de vente.

«J'ai entendu parler de ces grottes, mais je ne les ai jamais vues», envie Florent Gaillard, le conservateur des Archives municipales et du Musée du Papier. Equipé de bottes et d'un ciré, le propriétaire mène, lui, la visite comme Indiana Jones explorerait un temple millénaire. Il pointe avec son éclairage de fortune des excavations qui s'avèrent être des entrées de souterrains. Beaucoup de passages sont murés. «Je pense qu'il devait y avoir des maisons tout le long, avec des caves creusées dans la roche.» Des caves communiquant entre elles.

Pour les plus grosses salles, il ne fait aucun doute qu'elles ont été façonnées à coup de pioche dans la roche. Même si avec l'humidité et les infiltrations, des stalactites et des stalagmites ont commencé à se former. «L'endroit devait servir de stockage pour la brasserie Champigneulles», suppute le promoteur. «La maison appartenait à la famille Didelon, qui a dirigé la brasserie au début du siècle dernier.» Il a découvert l'entrée de ces incroyables grottes dans l'immense jardin de cette bâtisse.


Dans ce même jardin, il a découvert un passage étroit dans lequel il faut progresser courbé. Un souterrain qui s'enfonce en direction du Plateau mais qui se termine en cul-de-sac sur un immense réservoir, «certainement la réserve d'eau de l'ancienne abbaye de Saint-Cybard.» Le plafond voûté est au haut de huit mètres, en pierre de taille. «J'ai aussi trouvé ce qui devait être un garde-manger.» Une pièce tout aussi immense et tout aussi voûtée. Au sol, un vinaigrier anodin. «Juste en-dessous, il y a la clé de voûte d'une autre salle dont nous n'avons pas encore trouvé l'entrée.»

L'historien Florent Gaillard est plus mesuré. «Je doute qu'il y ait un lien entre ces galeries et l'abbaye. Elle était concentrée entre le carrefour Barouilhet et le bâtiment Castro. La rue de Cognac passe d'ailleurs sur ce qu'était l'abbatiale. En revanche, le réservoir, ça me semble possible.» Il n'exclut pas que quelques ermites, après la mort de Saint-Cybard en 581, dont la grotte était beaucoup plus haut, sous le rempart de Beaulieu, aient pu s'isoler dans le secteur.

L'hypothèse d'entrepôts de stockage pour les brasseries lui semble déjà plus plausible. Les Brasseries Alsaciennes se sont installées vers 1850 à Angoulême et ont fonctionné jusqu'en 1912.

Quant aux souterrains qui partiraient jusque dans le coeur de la ville, l'historien reste prudent. «Il y avait beaucoup de rumeurs à ce sujet au XIXe. Je pense qu'ils étaient plus des refuges ou des garde-manger. Mais je doute qu'il y ait des passages creusés passant sous la roche.»

S'il sait que la maison va être scindée en trois immenses appartements de 100 m2 avec vue imprenable sur la Charente, l'heureux propriétaire de ce réseau souterrain secret ne sait pas encore ce qu'il va en faire. L'ensemble est sain et peut donner lieu à beaucoup de projets divers. «Je finis la maison et ensuite on verra.»

 

Source : Charente Libre