Jean Michel GORGEON (1958-2015)

En souvenir de Jean Michel

Voici la plaque, qui relie le gouffre et son inventeur, que nous avons posée en 2020 à l'entrée du gouffre de la Taupe, et le texte lu à ses obsèques, au nom de ses amis spéléologues.

 

Parler de Jean-Michel Gorgeon, c’est pour ses amis spéléologues se retrouver tout de suite dans une cabane de berger des Pyrénées. Le cayolar de Lucugnébéhety. C’est une des portes du monde magnifique de Jean-Mi.

Cette porte du cayolar claquait d’ailleurs toujours trop tôt pour nous, mais pas pour Jean-Mi. L’idée de traîner un peu plus longtemps dans le duvet ne lui venait jamais. Il fallait qu’il profite de chaque journée, complètement.  Il rallumait le poêle et préparait avec impatience le matériel de la prochaine exploration. En évoquant  ces gestes anodins du quotidien, sa présence nous submerge. Ces moments n’existaient pas sans lui.

Jean Mi était en effet un élément moteur du club spéléo.  Comme tant d’autres, il  avait débarqué chez moi pour prendre contact avec notre petit club.  Je ne pensais pas à l’époque que le « petit bonhomme » allait nous emmener si loin. Jean-Michel a vite secoué les habitudes et les routines dont nous nous contentions et nous embarqua  dans les expéditions caucasiennes et les explorations du massif des Arbailles.  Tout cela, nous ne savions pas faire. Mais toi Jean-Michel, tu nous as appris. Nous ne l’aurions surtout pas imaginé. Toi, tu ne cessais d’y rêver.

Comment faisais-tu, Jean-Michel, pour accomplir tout cela ? Sans jamais te mettre en avant, avec une humilité absolue, sans chercher de reconnaissance et encore moins les honneurs. C’est peut-être là que tu nous as le plus impressionnés, Jean-Michel. Jamais dans la gloriole de l’exploit spéléologique, tu laissais cela aux esprits superficiels, et tu restais toujours dans la simplicité. Une valeur qui te tenait lieu de vérité. Comme  le partage  d’un bon moment.  Tout simplement, dans l’exaltation collective d’une découverte,   et autour d’une table remplie d’amis. Que de souvenirs et que de  vraies et belles fêtes, qui rempliront longtemps nos cœurs !

 Tu explorais le fond des montagnes, Jean-Mi, mais tu savais aussi les réunir. Le Caucase devenait avec toi le prolongement des Pyrénées et presque chaque année depuis 25 ans nous retrouvons nos amis géorgiens. Que de rencontres insolites et inoubliables nous as-tu permises !  Cela  a bien transformé la vie de certains d’entre nous, et pour leur plus grand bonheur.

Ce bonheur de vivre, tu le fabriquais autour de toi. Un jour où nous prospections dans la forêt pyrénéenne, tu sautais de rocher en rocher au-dessus  des gouffres et nous t’avions malicieusement comparé aux Laminak des légendes basques. Ce n’était pas innocent. La forêt devenait avec Jean-Mi  un monde enchanté, presque magique. Et la découverte d’un gouffre, même si elle prenait toujours avec toi la forme d’un jeu,  devenait la révélation d’un lien intime avec le paysage. Quelquefois, tu savais mettre une fin provisoire à ton incessante activité, et tu contemplais silencieusement la montagne. Tu semblais d’ailleurs regarder au-delà, ton rêve se poussait lui-même plus loin.

 Derrière ton regard parfois énigmatique, les projets se bousculaient,  c’est le moins qu’on puisse dire,  mais ils s’accomplissaient toujours.  Ton opiniâtreté nous stupéfiait. Le gouffre du GA 1 le sait bien. Il n’a pu résister à  ta volonté et à ta patience.  Comme tant d’autres cavités. Nous ne manquerons pas de donner ton nom à l’un de ces lieux marqués de ton empreinte. Tu le mérites vraiment. Quel sacré découvreur tu as été !

 La découverte était ta passion, dans tous les domaines. Ton ingéniosité ne nous étonnait plus : autodidacte passionné, tu n’hésitais jamais à aborder   les domaines du savoir et de la technique dont tu avais besoin pour aller plus loin. De la topographie aux technologies de l’éclairage, tu nous guidais et nous éclairais … sans jamais en chercher autre chose que la joie du partage et du don. Tu nous as laissé tout ce que tu savais, tout ce que ton âme possédait. Comme le disait le troubadour géorgien, tu resteras à jamais riche de tout ce que tu nous as donné.  

 A Célia,  à Joëlle et à  toute la famille de Jean-Michel, nous, ses amis, disons que nous n’oublierons pas ce que nous avons reçu et savons bien maintenant que nous vous le devons.

Grâce à toi, Jean-Michel, ce long récit d’amitié et de fraternité qu’est l’histoire de notre club spéléo s’est poursuivi et enrichi, et tout ce que tu as apporté le prolongera longtemps. Nous ne trahirons ton humilité que pour être fiers de toi, fiers d’avoir partagé cette vraie, cette authentique et confiante fraternité, et aussi  parce que le « patara oulbacha » - le petit moustachu- de ses amis du Caucase, est,  pour nous tous, et pour toujours,  un grand homme. Merci Jean-Mi.