CR - Arbailles mai 2015

Compte-rendu week-end du 1er mai 2015

Massif des Arbailles

Participants : Jaco, Alain Le Chef, Olivier L., Dimitri, Roger El Mexicano, Mathieu J., Olivier D., Serge et Ghislaine (Albi), guest stars : Laurent D., Stéphane V.

La Fête des Travailleurs a lieu cette année au cœur du Pays basque, au cayolar Lucugnebehety avec un programme chargé : dégustation de patates à la graisse de canard, charcuteries et fromages basques, tour de France des vins, pimenteries mexicaines, tords boyaux trentenaires et tchatcha géorgien, défilés, chants... et spéléo.

Le gouffre de la Cantinière – HE 1, Heguillore, plateau d'Udoya – est l'objectif principal du rendez-vous de ce week-end printanier. La dernière incursion en novembre 2014 nous avait laissé espérer un gros potentiel dans ce gouffre : la suite avait été trouvée, un grand puits estimé à 70 m descendu et nous nous étions arrêtés sur un second puits estimé à 30 m encombré à sa tête par un bloc, mais le courant d'air puissant et régulier nous laissait présager une continuation profonde du gouffre en passant la barre des -300 m.

Le matin du 1er mai, il est midi, l'équipe est nombreuse et motivée : aux manettes Le Chef, qui, dans son génie infini et son cerveau fertile – normal c'est Le Chef – organise le joyeux bordel : Dimitri part en premier équiper le puits d'entrée suivi du Chef et de Roger qui a posé son sombrero ramené récemment de ses aventures belgo-mexicaines. Ma pomme et Mathieu suivent militairement dans un silence des meilleures troupes d'élite, le doigt sur la couture et le descendeur à la braguette, chargés de matériel : rapides, félins et manœuvriers. Enfin le Camarade Jaco et Olivier L. ferment la marche pour reprendre la topo du trou là où elle a été arrêté la dernière fois.

Pourtant le temps n'est pas de la partie – normal, ce sont les Arbailles – la pluie tombe horizontalement par intermittences, accompagnée de bourrasques de vent du sud.

Dans les puits qui se succédent, nous remarquons que le trou est plus sec que les sorties précédentes, moins de pipis d'eau et de boue et le courant d'air est sensible. Tout s'annonce bien. Rendus au dernier puits découvert, les trois de tête y descendent et se retrouvent sur le petit palier qui donne sur le puits inconnu.

En se suivant sur la corde, un problème de taille apparaît : la terre sèche plaquée aux parois de la tête de puits se détache et tombe et sa base qui est parfaitement à l'aplomb. Il faut se tasser à la paroi pour éviter les OTNIS (objets tombants non-identifiés) et Dimitri en fait les frais sur l'épaule et la tête mais sans trop de mal.

L'ordre fuse, mais le son est déformé dans ce grand vide, Mathieu et moi stationnés en haut du puits comprenons au bout d'un moment que ça craint : pas assez de place en bas et ça parpine sévère sur nos trois compagnons, il faut attendre.

Au bout d'un moment, le perfo se met en marche, El Roger s'occupe du bloc qui gêne la descente du P. 30 vierge. Le travail à faire est plus important que ce que nous avions estimé en novembre dernier : le bloc est gros et la tête de puits en dessous est étroite. La déflagration du premier tir nous impressionne depuis le haut, en bas les oreilles sont fermées et la bouche ouverte ! Deux autres suivront pour venir à bout de ce calcaire d'un noir sombre et l'attente en haut comme en bas est longue et froide : le courant d'air nous congèle tous et la faim se fait sentir surtout que le kit de bouffe a suivi l'équipe de désob...

Enfin, nous comprenons que nous pouvons descendre et à ce moment là, nous entendons Jaco et Olivier L. qui se rapprochent, la topo avance à grans pas !

Le P. 70 est magnifique mais la fin est comment dire, humide ?, boueuse est également un bon qualificatif.

Nos trois comparses sont bien imbibés (d'eau) et gelés et le Chef dans son infinie Bonté – normal, c'est le Chef – me propose de descendre ce nouveau puits. Le tête est bien dégagée, 2 spits et un nœud de non-fusion plus tard je m'élance dans le noir, je vois le fond et la flotte me tombe dessus en petites gouttes régulières. La parois sont rectilignes et lisses, c'est tout simplement beau ; pas de fractio, c'est au fond en un jet, les 60 m de corde filent et au final au vu de ce qu'il reste en corde, le puits doit faire plus de trente mètres. Tous descendent à la suite mais en bas c'est la claque : pas de galerie immense, ni rivière au sable fin, pas de vahinés non plus, un méandre très étroit, voila ce que nous découvrons devant nos mines défaites. La déception est le sentiment partagé, nous préférons manger, les estomacs crient famine. Mathieu part en escalade au dessus du méandre car une galerie haute s'ouvre et semble se poursuivre : pas de suite, le courant d'air vient du méandre lorsqu'il se trouve en opposition au dessus. La vaillante équipe topo nous rejoint, Jaco est au summum de sa forme et une mesure au lasermètre d'Olivier L. nous apprends que le dernier puits fait 40 m. On ne fera rien de plus aujourd'hui, nous sommes nombreux, la remontée va être longue et je prends la tête de la cordée. Roger, Mathieu, Dimitri et  Alain suivent. Par sécurité, chacun attend au palier que celui qui remonte le P.70 en soit sorti avant de se mettre sur la corde pour éviter les OTNIS. Le passage du 8 juin est vraiment chiant à passer avec un kit mais bon, nous sommes déjà farcis de boue, alors un peu plus ou un peu moins...

Vers 20 heures je suis dehors, il ne pleut pas, le vent s'est calmé et il est même plus chaud que dans le trou. Les compagnons arrivent un à un mais Jaco est Olivier sont loin derrière. Nous attendons à l'entrée, le temps passe. Le Chef, dans son infinie prévoyance – normal, c'est le Chef – propose à Mathieu et moi, de partir au cayolar démarrer le poële et de préparer les patates. La nuit est là quand nous arrivons, nous ouvrons l'eau de l'adduction au passage et à notre surprise il y a du monde au cayolar, ce sont Serge, Ghislaine et Faron le chien aux yeux vairons (dit Ziggy) qui nous attendent depuis un moment, non sans s'inquiéter. Nous nous activons aux tâches domestiques, il n'y a plus qu'à attendre le retour de la troupe en buvant une (des) bière(s).Vers 23h30 tout le monde est là, on peut démarrer le festin. Mais la déception est palpable, nous discutons de la conduite à tenir pour la la désob du méandre avant d'abandonner.

Décision est prise aussi de nommer les deux derniers puits qui n'en sont qu'un en définitive et qui totalise 110 m "Le Grand Puits du Petit Jean-Mi” à la mémoire de notre ami spéléo Jean-Michel disparu brutalement en février de cette année.

Un Gamardjus à sa santé, il sera toujours avec nous dans la chaleur de ce petit cayolar perdu dans la Soule profonde !

Samedi 2 mai

Le temps s'est amélioré, le vent a chassé beaucoup de nuages, il fait beau et chaud. Personne n'a envie de retourner “tâter” de la Cantinière, notre matos est complètement pourri de boue et trempé. Nous décidons pour une partie de l'équipe de voir un trou dénommé "De la Corde et des Femmes” découvert en novembre dernier sur la zone CH (Charre). Sur le chemin nous tombons sur une cavité qui rappelle des souvenirs à Roger (qui n'a pas mis son sombrero), il s'agit de “La Novice” mais après 10 minutes de grattage, un souffle frais s'exhale de la bougresse ! Bon, c'est noté, on reviendra, mais direction “De la Corde...” qui va sûrement nous amener profond. Nous progressons sur un vaste lapiaz en forêt où la progression est compliquée par les contours des failles et autres dolines. Au bout d'un petit moment et grâce au GPS d'Olivier L. nous retombons sur l'entrée du trou qui se présente par une entrée verticale qui file vers le magma terrestre. Le Chef, toujours lui, dans son infinie intrépidité – normal c'est le Chef – installe une corde et se lance à l'aventure. A 8 m 50, il est stoppé dans son élan par un colmatage net et franc, et aucune lucarne ni courant d'air : rien. Nos élans exploratoires sont coupés nets encore une fois, la Nature est contre nous, ça se sent. Nous préférons dédaigner de nouvelles cavités que nous pourrions croiser pour aller voir la fameuse perte CH 251 qui aspire toute la terre des alentours et souffle un vent froid. Dommage que ce soit si pourri, son potentiel est très intéressant mais il faut en laisser pour les générations futures...

Rendus sur le plateau d'Udoya, nous tombons sur une cavité marquée non loin de la Cantinière, le Chef, encore lui, dans son infini courage – normal, c'est le Chef – file dans le noir des profondeurs, résultat : il s'est tout pourri la polaire en allant voir une improbable suite arbaillesque

Retour au cayolar, une délégation corrézienne du Nébélé nous rend visite, elle avait senti le vent de l'apéro. Après 2-3 bières les voila repartis.

S'en suit une nouvelle dégustation de patates au gras de canard quand une autre délégation de Corréziens débarquent, ils sortent du trou et cherchent les précédents, là on sort le Tchatcha géorgien qui délie les langues et donne subitement chaud. Ils nous quittent assez rapidement de peur que les autres déclenchent un secours.

La soirée se passe – normal, on est au cayolar.

 

Dimanche 3 mai

Le temps est au beau et se met à tourner à la pluie en fin d'après-midi

Roger, Serge et Ghislaine partent de bonne heure à la Cantinière, histoire de voir la salle des puits remontants en bas du P. 55 et de déséquiper le puits d'entrée car Alain, Jaco, Dimitri et Olivier L. repartent cet après-midi à Limoges avec le matériel.

Mathieu lance l'idée d'agrandir la terrasse devant le cayolar, et nous voila tous à démarrer le chantier : les uns déchaussent des blocs de pierre, les autres agencent, tandis que d'autres découpent des carrés de pelouse pour la finition. Le résultat est stupéfiant, c'est entre Cuzco et la Grande Muraille de Chine : le spéléo est un bâtisseur dans l'âme.

Dernier repas et nos quatre amis repartent vers les contrées Limousines, nous passons le reste de l'après-midi à s'occuper autour du cayolar : taille des arbres, des ronces, feu de joie de tous les déchets qui embarrassent les lieux jusqu'à l'arrivée de Laurent et Stéphane, un peu plus tard.

Nouvelle dégustation de patates au gras de canard et toujours sans ail, tandis que la soirée vire aux chants et la chanson à textes.

 

Lundi 4 mai

Le temps est au grand beau et chaud avec de grosses rafales de vent.

On plie les gaules : rangement et nettoyage du cayolar, dernier repas avant de tous se séparer. Tout est nickel, dernier regard sur la magnifique terrasse inca. Et rendez-vous est pris la prochaine fois au parking des Jonquilles pour de la spéléo exploratoire...